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Journal de l’île du 14 janvier 2009
Gregory Naud ou l’art de donner vie à des personnages

mercredi 14 janvier 2009

http://www.clicanoo.com/index.php?page=article&id_article=199757


Comment avez-vous atterri sur ce tournage exceptionnel ? Par un chemin assez inhabituel ! Issu d’une formation d’ingénieur électronicien au départ, en métropole, j’ai vite compris que ce n’était pas fait pour moi.

J’ai découvert au hasard de mes recherches sur Internet cette formation 3D à l’ILOI et j’ai decidé de tout plaquer pour tenter cette nouvelle aventure. Retourner à la Réunion, c’était en plus la cerise sur le gâteau. Pour la petite histoire, je suis d’origine réunionnaise par ma mère qui est la petite-fille de Romuald Robert, le propriétaire du cinéma Casino, à Saint-Denis, devenu le Ritz par la suite. Pendant mon curus au Port, l’un de mes professeurs, un intervenant belge, m’a recommandé à mon actuel employeur (N’wave Digital) qui m’a permis d’effectuer mon stage de fin d’année à Bruxelles. Le timing était parfait car c’est à cette époque-là que ma compagnie démarrait la production de “Fly me to the moon” et j’ai donc été embauché dans la foulée.

Quels ont été à la fois les plaisirs et les difficultés de cette entreprise ? Quand j’ai réalisé que j’allais travailler sur un long-métrage après seulement un an de formation et suite à une reconversion qui plus est, j’ai compris que je vivais un rêve ! Évidemment, toute production connaît des difficultés, en particulier quand c’est une première aussi pour l’entreprise. Toute l’équipe a donc dû travailler dur pour résoudre tous les problèmes techniques et fournir dans un délai raisonnable un travail de qualité.

Et votre rôle dans l’histoire ? Au tout début du film, j’ai commencé par faire de la modélisation de décor. Mais le département qui me tenait vraiment à coeur, c’était l’animation. Alors j’ai demandé à mes superviseurs si je pouvais faire partie de l’équipe. Il m’a fallu passer un test en interne et à ma grande surprise j’ai été accepté malgré mon manque d’expérience. J’ai donc ensuite été animateur de personnages jusqu’à la fin du film. La production s’est échelonnée de septembre 2005 à mai 2007. Dans une ambiance de travail vraiment super ici, au sein d’une équipe qui s’avère très jeune et particulièrement dynamique.

Quelles qualités requiert votre métier ? Les principales, je crois, sont d’être passionné et observateur. Évidemment, ceux qui ont baigné dans le milieu artistique seront plus à leur aise, mais les plus techniques trouveront également leur bonheur dans cette profession qui fait appel à un large éventail de qualités. Je dirais qu’il y en a pour tous les goûts.

De quoi vous ouvrir les horizons espérés ? Une expérience de long-métrage apporte forcément énormément pour une éventuelle carrière dans l’industrie. Pour le moment, je travaille sur le deuxième long-métrage de la société qui est une nouvelle expérience très enrichissante. Je mentirais en disant que je ne rêve pas un jour de travailler pour des studios comme Pixar ou Dreamworks, mais le chemin est encore long et il faut encore et toujours apprendre pour se perfectionner.

Etre Réunionnais, ça fait une différence ? J’ai choisi de faire un métier qui est vraiment international et il est très courant dans les studios de voir des infographistes de toutes nationalités. J’irai même jusqu’à dire que les origines diverses enrichissent le studio. Venir de la France de l’océan Indien n’est pas un handicap.

Que pensez-vous de l’ILOI qui vous a mis le pied à l’étrier ? En ce qui me concerne et sachant exactement que je voulais m’orienter vers la 3D à 200%, j’y ai trouvé exactement la formation qu’il me fallait. Je dirais que pour une formation courte d’un an, il faut à côté de ça travailler chez soi et donner le maximum. L’éventail de cours à l’ILOI est assez varié, ce qui donne l’occasion de toucher à tout. C’est un bon tremplin pour les plus motivés. Ils ont la possibilité de trouver un bon stage et, pourquoi pas une embauche par la suite.

Petits conseils pour ceux qui rêvent d’en faire autant ? Être passionné. Ne pas se contenter de ce qu’on apprend à l’école. Internet est une mine d’or pour apprendre. Quand on est motivé et qu’on aime quelque chose, on a toutes les chances de réussir quel que soit le domaine choisi. Simplement, il faut travailler dur et croire en soi. Voilà !

Frédéric Convert, le modeleur

Il travaille depuis quatre ans chez N’Wave (ex Movida) à Bruxelles où il est infographiste après avoir fait ses armes pendant deux ans sur “Fly me to the moon”. Frédéric Convert a été le premier à quitter la Réunion en 2005 pour rejoindre l’équipe belge. “J’ai réussi l’ILOI et la formation au sein de la première promotion 3D&FX, après avoir obtenu une licence de commerce électronique à l’IUT de Saint-Pierre, suivie d’une licence informatique à Toulouse. En sortant de l’ILOI, on doit faire un stage en entreprise et par l’intermédiaire de mon prof, JeanYves Arboit, j’ai décroché trois mois chez N’Wave en Belgique, le leader mondial des rides 3D. De retour à la Réunion, j’ai bossé pour Pipengai comme infographiste compositing dans le dessin animé, puis pour des boîtes d’infographie 3D, à créer notamment des spots de pub.” Après deux ans de ce régime, Fredéric a eu envie d’étoffer son CV. “Alors quand j’ai su que N’Wave projetait de faire un long métrage, j’ai postulé, cette fois-ci comme infographiste et non plus comme stagiaire. Après 6 mois d’essai, j’étais engagé à Bruxelles.” Plus difficile qu’à la Réunion, mais plus riche aussi en rencontres. Fréquenter des gens qui ont travaillé sur “Harry Potter” ou sur “The Wild”, par exemple, a un côté stimulant qui n’est pas pour déplaire au jeune Réunionnais. “On côtoie des gens d’expérience, des Belges, des Français, des Anglais, des Indiens, des Américains, des Canadiens... Bref, une diversité qui fait que l’ambiance au boulot est excellente.” Et puis, passer du spot de pub au long métrage oblige à se spécialiser. “Sur un spot en 3D, l’infographiste fait tout dans un plan (animatique, modélisation, textures, éclairage, animation, rendu et compositing) ce qui est impossible pour un long. Là, il faut choisir le département où on se sent le plus à l’aise, histoire de faire partie du pipeline mis en place pour des projets à plus grande échelle. Dans mon cas, ce fut d’abord la modélisation avant de passer au lighting (une première pour moi à un tel niveau ).” Frédéric Convert, passionné lui aussi, se lance dans une foule de détails techniques d’où il ressort que son métier n’a rien d’un long fleuve tranquille... “La première année chez N’Wave, nous n’étions pas plus de 20 et j’ai souvent bossé de 9 heures à 3 ou 4 heures du matin suivant, week-ends compris, pour finir le travail de modélisation dans les temps. On fait des choses récurrentes, longues, pas forcément compliquées mais rébarbatives au plus haut point. Quand on nous dit pour ce plan sous- marin, on aurait besoin de rochers, de cailloux au sol, d’algues et de coraux.... Eh bien, on passe parfois deux ou trois semaines à ne faire que des cailloux ! Heureusement, tout ça se passe dans une super ambiance”, répète le jeune homme. Il recommande pour sa part aux futurs candidats au multimédia d’aller toujours au-delà des bases acquises en formation et de suivre des stages (“c’est là où j’ai le plus appris”), d’être curieux, de regarder des reportages, des bonus de DVD qui expliquent tout ce qui peut être fait en infographie, de surfer sur le web à la recherche de tutoriaux, de lire des magazines spécialisés. Mais surtout de “pratiquer” ! “N’hésitez pas à vous inscrire sur des sites comme cgtalk, 3dvf, 3dtotal, faites les tutoriaux, les concours, soumettez vos œuvres à la critique et continuez de toutes façons, c’est comme ça qu’on progresse. Il n’existe pas de raccourcis. Juste des petits coups de pouce... Et ce n’est pas parce qu’on est à la Réunion qu’on travaille moins bien et qu’on sait faire moins de choses, au contraire. On n’a pas ce formatage qui existe ailleurs, ni ce côté “hey les gars, moi je sors d’une grande école d’infographie ultra renommée à Paris, alors c’est moi le crack ! “ qui ferme des portes, justement. Alors, cultivez une bonne ouverture d’esprit, la curiosité, et ne rechignez pas à la tâche, c’est ça le secret !”


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Fly me to the Moon


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